mercredi 30 septembre 2015

Le collier rouge

Jean-Claude RUFFIN
Couverture:
Le chien Jacquot du régiment colonial du Maroc décoré de la Croix de guerre le 19 août 1918 au camp de Bois-l'Évêque.
Quatrième de couverture

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte. 
Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. 
Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. 
Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. 
Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame…

Quel bonheur que la lecture de ce tout petit roman.
C'est avec beaucoup de pudeur que nous allons avec le juge militaire Lantier (Hugues) essayer de savoir pourquoi Morlac, héros de guerre a pu commettre un acte hautement répréhensible.
(J'ai tiqué…Mais d'où je connais Lantier… "***TITL***" fait ma cervelle "Jacques, Etienne Lantier" Les Rougon-Macquart, Zola…ouf…ça me perturbe et me fait perdre du temps quand je ne situe pas les choses).
Nous allons découvrir un peu du juge, un peu de Morlac et un peu de Valentine…un peu de ce chien.
Un bâtard, avec une maman briard… un chien qui a suivi son maître partout, malgré les obstacles, malgré la faim, il est resté fidèle aux côtés de son maître. Et il est toujours là, il hurle à la mort devant la cellule, il attend ce Morlac, qui semble si indifférent.
Ils racontent leur histoire, chacun à leur tour, par petites touches. Mais ils sont trop pudiques pour en dire plus, pour se plaindre.

mardi 29 septembre 2015

Millénium 4 — Ce qui ne me tue pas

David LAGERCRANTZ
Couverture: John John Jesse
Quatrième de couverture

Elle est une hackeuse de génie. Une justicière impitoyable qui n’obéit qu’à ses propres lois.
Il est journaliste d’investigation. Un reporter de la vieille école, persuadé qu’on peut changer le monde avec un article. La revue Millénium, c’est toute sa vie. 
Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’intelligence artificielle détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael Blomkvist se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin. Au même moment, Lisbeth Salander tente de pénétrer les serveurs de la NSA…
Traduit du suédois par Hege Roel-Rousson.

J'ai entendu (lu serai plus juste!) quelques polémiques concernant la reprise des héros de Larsson par Lagercrantz. Mais, je dois dire que dès le début du roman, j'ai été happée par l'histoire. Michael, égal à lui même, son entourage semble immuable… et si au sein de la revue "Millénium" tout n'est pas rose, on les sent toujours combatifs pour continuer l'aventure.
Salender, toujours aussi déjantée et géniale, va aller au secours d'un jeune enfant autiste savant.
Bien évidemment il y aura des intrigues informatiques, des maffieux de préférence russe, des traitres de tout bords…et des femmes battues aussi. N'oublions pas que Lisbeth, notre hackeuse de génie protège et venge les plus fragiles.
Une intrigue menée tambour battant par un auteur qui a su s'imprégner du style de Larsson pour donner une nouvelle vie à nos héros.

dimanche 27 septembre 2015

Le jujubier du patriarche

Aminata SOW FALL

Couverture: K. Petrossian, O. Mazaud, B. Perchey
Quatrième de couverture

Le cinquième roman d'Aminata Sow Fall, Le Jujubier du patriarche, nous plonge dans la complexe mémoire africaine, tissée autour d'un chant, le chant qui célèbre les lignées des héros antiques, des bâtisseurs et des grands guerriers. L'enjeu de la mémoire c'est la place qui revient aujourd'hui à chacun au sein de la société. Mais le tissage peut aussi être déchiré par l'intrusion du monde "moderne " qui suit les Indépendances...
Un foisonnement de personnages, de temps, de castes, et partout, toujours, les mots qui figent ou qui brisent. Narrations et dialogues, paroles de griots, de femmes, de chefs nous emmènent en procession jusqu'au jujubier du patriarche où devra s'accomplir la renaissance.

Je crains de ne pas avoir compris grand chose à cet ouvrage.
L'auteur nous raconte la vie d'un village, les commérages, les relations familiales, les cousinages, les liens… les amours, les rancoeurs… Mais les personnages sont tellement nombreux que j'ai vite été perdue par cette multitude de noms, de liens…
Ils partent en pèlerinage vers le jujubier du patriarche, chants et poèmes autour des origines.
Des contes, des légendes chantées, de jolis poèmes.
Une fresque à côté de laquelle j'ai le regret d'être passée.

mercredi 23 septembre 2015

Cris

Laurent GAUDÉ
Couverture: Julien Nelva
Quatrième de couverture

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914. 
Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front, " l'homme-cochon ". 
À l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement. Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité.

J'ai lu ce texte comme on regarde, comme on vit une pièce de théâtre. Ils étaient là, face à moi tous ces jeunes gens, j'entendais leur voix, jeune encore, puis de plus en plus grave. Ils me racontaient, ils se racontaient, sans fard. L'un après l'autre, leur douleur, leur peur, l'horreur, le quotidien. La folie aussi, celle des hommes qui les envoie se battre, et celle qui finit par les posséder. 
Jules "tombe-saute" de ce train qui devait le mener jusqu'au repos… Mais ces "cris" dans sa tête! Jules veut dire au peuple les cris de ces hommes "entaupés"…
J'ai entendu leur voix, j'ai senti cette odeur acre de boue, de sang et d'urines mêlés, j'ai vécu leur désespoir, leur peur, parfois leur colère, mais jamais je n'ai ressenti de haine.
J'aime l'écriture de Gaudé.

dimanche 20 septembre 2015

Jour de feu

René BARJAVEL
Couverture: Stanislas Zygart
Quatrième de couverture

C’est l’été. Le village de Collioure se prépare pour la fête du Roussillon. L’air sent le pastis et le melon. Les vieilles Catalanes vêtues de noir croisent les Parisiennes en bikini.
Deux nouvelles courent parmi la foule : hier, Barabbas a été emprisonné. Et pendant la nuit les gardes de Caïphe ont arrêté Jésus. Les croix dressées sur la colline attendent les prisonniers.
Tandis que Judas boit un demi au café, Pilate débat avec Caïphe pour savoir lequel de Barabbas ou de Jésus sera gracié. Un avion tourne sur la ville et laisse tomber des tracts : Libérez Barabbas!
Où sommes-nous? En quel temps? C’est l’éternité d’une histoire tragique, toujours présente, en tout lieu et en tout temps…


C'est toujours avec plaisir que je retrouve Barjavel, son écriture, son talent.
"Jour de feu" devait être l'adaptation cinématographique de Barabbas de Ghelderode. Ce film ne sera pas tourné et Barjavel en a tiré ce tout petit roman.
Roman ou conte, puisqu'il devient lui-même le conteur de cette vieille histoire. Il la raconte à des enfants qui bien sûr la connaissent… Il adapte pour ces petits colliourencs et pour notre plus grand bonheur l'histoire de Barabbas, le brigand, de Jésus, de Pilate, mais aussi des Maries, de Judas et de Pierre… Ils sont tous là. Au rythme de la corrida, à chaque plaie du taureau, à chaque geste du "matador" correspond une ouverture dans le conte. La foule, manipulée demande la libération du brigand… la femme n'arrive pas à laver le visage de Jésus imprimé sur son linge, Judas se consume, au propre comme au figuré… Même Pilate est stupéfait de voir le peuple demander la vie sauve pour Barabbas… Rien n’y fait, le matador tue le taureau… Jésus sera crucifié… La petite fille s’est endormie…"C’est une histoire qui n’a pas de fin"
Et je me rends compte que malgré moi, si le conteur est Barjavel, Barrabas a repris les traits d'Antony Quinn.

vendredi 18 septembre 2015

La clandestine du voyage de Bougainville

Michèle KAHN
Couverture: Samantha Meglioli
Quatrième de couverture

Jeanne est une fille de la terre, une guérisseuse qui connaît le secret des plantes. Lorsque Philibert, son amant, botaniste éminent, est chargé par le Roi d’une expédition scientifique, elle n’hésite pas à se travestir pour le suivre en mer. Car en 1766, les femmes sont interdites à bord ! Bégonias, vanilles, jasmins, il y a tant à découvrir. Et peut-être sera-t-elle la première à faire le tour du monde…

Je ne m'étais jamais posé la question! Je ne savais pas que Jeanne Baret avait été reconnue comme la première femme à avoir fait un tour du monde.
Née dans le Morvan, cette paysanne apprend de sa mère le pouvoir des plantes et devient "guérisseuse". Très tôt orpheline, elle rencontre Commerson de treize ans son ainé, passionné de botanique, et devient sa gouvernante, puis sa maitresse.
Recruté par le roi, à la demande de Bougainville, Commerson, scientifique ayant alors une solide réputation, embarque pour un tour du monde.
Ne voulant pas se séparer de son amant, Jeanne Baret devient Jean Bonnefoy, et embarque comme valet auprès de l'homme qu'elle aime.
C'est une véritable histoire d'amour que vit notre héroïne. Pour vivre cet amour, elle va se travestir, bander ses seins, se faire passer pour un eunuque, et toujours devoir prouver qu'elle est un homme. Petite campagnarde pauvre, elle est choquée parfois de l'abondance de biens à la table des officiers, surprise de la façon dont on "s'empare des terres et territoires", et constate que certaines terres auraient sans trop d'effort pu nourrir sa famille.
Philibert semble lui aussi être épris de sa compagne, et je suis surprise qu'une fois la supercherie découverte et  qu'ils débarquent sur l'île de France, (aujourd'hui Maurice), il ne l'épouse pas. Peut-être l'aurait-il ainsi protégée?
C'est en 1774, un an après la mort de son amant, que Jeanne se mariera afin de rentrer en France.
Elle vivra en Dordogne, et en 1785 sera enfin reconnue par le roi comme étant la première femme à avoir fait un tour du monde.
Cette lecture fut très agréable. L'auteur nous permet de vivre ces grands voyages et découvertes avec le regard d'une femme, d'une femme du peuple, une femme qui sait se battre pour vivre, mais une femme qui sait aussi donner le meilleur d'elle pour aider les autres.

Je remercie Partage lecture et les éditions Points pour ce partenariat.

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dimanche 6 septembre 2015

Claude Gueux

Victor HUGO
Couverture: Gavarni et Andrieux

Quatrième de couverture 

"Claude Gueux, honnête ouvrier naguère, voleur désormais, était une figure digne et grave. Il avait le front haut, déjà ridé, quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l'oeil doux(…), la lèvre dédaigneuse. C'était une belle tête. On va voir ce que la société en a fait."
S'inspirant d'un fait divers qui eut lieu à Paris en 1832, et quelques années après "Le Dernier Jour d'un condamné", Victor Hugo écrit un nouveau plaidoyer contre la peine de mort. Il dénonce la misère qui frappe les classes laborieuses, l'intransigeance bornée des chefs, et montre l'enchaînement fatal qui conduit les pauvres au crime. Ce n'est pas l'individu qu'il faut condamner, c'est la société qu'il faut réformer. Dans un débat toujours actuel, Hugo prône l'éducation contre la prison.

Je n'ai pas lu la préface, je n'ai pas non plus lu le dossier et les notes et notices expliquant l'oeuvre et la replaçant dans son époque. Je ne doute pas de leur intérêt, mais j'avais juste besoin de lire Hugo, ce magnifique auteur et surtout cet être humain hors du commun.
Claude Gueux, homme solide, peu éduqué mais honnête, va malgré lui devenir un délinquant et être condamné à la prison. Il va subir la haine du directeur de la prison, jaloux de son charisme, et commettre l'irréparable.
J'ai noté l'abus de pouvoir qu'exerce le directeur de la prison, et son fameux "Parce que.!"…Parce que c'est moi le chef, parce que c'est moi qui commande…aujourd'hui on appelle ça du harcèlement. 
Contre la peine de mort, mais aussi contre l'esclavage, pour une éducation laïque des enfants, président d'honneur de la ligue française pour le droit des femmes… Hugo est de tous les combats, du côté des plus faibles.
Victor, pardonne moi si je te tutoie, mais on a encore besoin de toi.

samedi 5 septembre 2015

Bison

Patrick GRAINVILLE
Couverture:George Catlin (vers 1855)

Quatrième de couverture

Enfin, les bisons sont arrivés. Armés d'arcs, parés d'amulettes et de plumes, les Sioux s'élancent et l'épopée commence. Sur la colline, George Catlin peint à toute vitesse pour garder la mémoire de ces peuples. Il le pressent : bientôt il n'y aura plus de bisons, plus d'Indiens libres. Les Blancs vont détruire leur vie nomade en harmonie avec la prairie, leurs fêtes, leur religion, leurs chasses…

En lisant "Bison", j'ai découvert un peintre, George Catlin. Ce n'est pas une biographie que Grainville nous offre, nous sommes en 1831. Dans un style plein de poésie, dans une langue riche il nous décrit les tableaux de celui qui essayât d'immortaliser la vie des peuples indiens. Collectionneurs de tous les objets faisant la vie quotidienne de ses peuplades, amateur de leur rite, parfois choqué par les scarifications, par l'abandon des vieillards, et le traitement des femmes qui sont, à quelques rares exceptions près, destinées aux travaux les plus durs. Catlin a laissé des écrits, certainement plus pudiques que ce que nous livre Grainville.

Entre Louve, la jolie crow enlevée par Aigle rouge, Oiseau Deux Couleurs, chaman androgyne, Cuisse, mais aussi Genou boiteux ou Elan noir, dont les visions sont pour le moins étranges, et tant d'autres Catlin et son aide de camp, vont vivre les rites des amérindiens, les amours et les jalousies.

Venant en France pour l'exposition de 1846, il rencontrera entre autre George Sand et Baudelaire. On peut regretter l'exhibition d’indiens. Les humanistes de l’époque posent le problème moral de "ce cirque ethnographique". George Sand parle d’un peuple libre, sincère dans "leur soucis de communiquer leur culture".
Avec ce roman, dans un style poétique que j’ai beaucoup aimé, décrivant de façon tellement vivante les tableaux, Grainville permet un autre regard, non seulement sur les indiens et la grande prairie américaine, mais aussi sur l’histoire que peut raconter un peintre à travers tableau.

Je ne résiste pas au plaisir d'ajouter la critique de Baudelaire sur l'oeuvre de Catlin:
source: Œuvres complètes de Charles Baudelaire
Michel Lévy frères, 1868 (II. Curiosités esthétiques, pp. 77-198).
"Il y a au Salon deux curiosités assez importantes : ce sont les portraits de Petit Loup et de Graisse du dos de buffle, peints par M. Catlin, le cornac des sauvages. Quand M. Catlin vint à Paris, avec ses Ioways et son musée, le bruit se répandit que c’était un brave homme qui ne savait ni peindre ni dessiner, et que s’il avait fait quelques ébauches passables, c’était grâce à son courage et à sa patience. Était-ce ruse innocente de M. Catlin ou bêtise des journalistes ? — Il est aujourd’hui avéré que M. Catlin sait fort bien peindre et fort bien dessiner. Ces deux portraits suffiraient pour me le prouver, si ma mémoire ne me rappelait beaucoup d’autres morceaux également beaux. Ses ciels surtout m’avaient frappé à cause de leur transparence et de leur légèreté.
M. Catlin a supérieurement rendu le caractère fier et libre, et l’expression noble de ces braves gens ; la construction de leur tête est parfaitement bien comprise. Par leurs belles attitudes et l’aisance de leurs mouvements, ces sauvages font comprendre la sculpture antique. Quant à la couleur, elle a quelque chose de mystérieux qui me plaît plus que je ne saurais dire. Le rouge, la couleur du sang, la couleur de la vie, abondait tellement dans ce sombre musée, que c’était une ivresse ; quant aux paysages, — montagnes boisées, savanes immenses, rivières désertes, — ils étaient monotonement, éternellement verts ; le rouge, cette couleur si obscure, si épaisse, plus difficile à pénétrer que les yeux d’un serpent, — le vert, cette couleur calme et gaie et souriante de la nature, je les retrouve chantant leur antithèse mélodique jusque sur le visage de ces deux héros. — Ce qu’il y a de certain, c’est que tous leurs tatouages et coloriages étaient fait selon les gammes naturelles et harmoniques.
Je crois que ce qui a induit en erreur le public et les journalistes à l’endroit de M. Catlin, c’est qu’il ne fait pas de peinture crâne, à laquelle tous nos jeunes gens les ont si bien accoutumés, que c’est maintenant la peinture classique."


La chasse au bison selon Catlin



Buffalo Bull Grazing George Catlin 1845

Je remercie Partage lecture et les éditions Points pour ce partenariat.

 

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